QSPTAG #334 — 23 octobre 2026

23/10/2026 às 15:140 visualizações
La Quadrature du Net

Bonjour à toutes et à tous !

Cette semaine, on révèle que France Travail veut automatiser le traitement des personnes en demande d’emploi en le confiant à une IA, tandis que le gouvernement, en réaction aux événements récents, déploie l’arsenal technopolicier qui lui permet d’individualiser et de massifier la répression des mouvements sociaux.
Et depuis la semaine dernière Thaïs nous a rejoint, bienvenue à elle !

Bonne lecture à vous !
Alex, Bastien, Eva, Marne, Mathieu, Myriam, Noémie, Nono et Thaïs

Automatisation de la méfiance chez France Travail

D’après les informations que nous avons obtenues, France Travail est en train de s’équiper d’un outil d’IA générative, un LLM (Large Language Model, du type Claude ou ChatGPT), capable d’ingurgiter des documents et d’en faire une synthèse écrite. Pour quoi faire ? – Pour mieux vous contrôler, mon enfant.

France Travail compte environ 7 millions de personnes demandeuses d’emploi, dont 3 millions sont indemnisées. Et, depuis la loi Plein Emploi, les personnes bénéficiant du RSA y sont également suivies. Dans l’idéologie dominante, celle du gouvernement, toutes ces personnes sont soupçonnées de ne pas vouloir travailler et de mentir. La violence subie quand on est au chômage (déclassement, désocialisation, jugement des pairs, dépression, maladie, suicide, pauvreté) n’étant apparemment pas suffisante, l’administration sociale ajoute une grosse dose « d’incitation » à la recherche d’emploi, qui passe par une logique de contrôle serré.

France Travail étudie donc environ 600 000 dossiers par an, pour s’assurer que les personnes concernées recherchent bien un emploi, et déclencher ou non un contrôle approfondi. L’IA serait donc utilisée à ce stade, dans la détection des personnes à contrôler. Ce travail est sans doute fastidieux, puisqu’il s’agit de scruter les justificatifs fournis par les allocataires. Quoi qu’il en soit, la direction de France Travail a décidé de l’automatiser en le confiant à un LLM, avec pour objectif de scanner ainsi 1,5 millions de dossiers par an, tout en réduisant les effectifs chargés de ce travail.

Dès lors, l’enjeu devient : est-ce que les agent·es, soumis·es à une cadence deux ou trois fois plus importante, garderont une part de discernement où, faute de temps, contrôleront docilement les personnes pointées par l’IA ? On peut facilement imaginer la suite logique de cette automatisation. Dans un futur proche, France Travail voudrait que l’ensemble des dossiers des allocataires soient traités par l’IA. Une IA agentique pourrait par exemple demander aux personnes, par mail ou SMS, des pièces justificatives. La suspension de droits ou la radiation resteront-elles sous le contrôle d’une décision humaine ?

Nous publions aujourd’hui les éléments dont nous disposons.

Lire notre article du 23 octobre : France Travail expérimente une IA générative de contrôle
Voir la vidéo qui résume l’article : https://mamot.fr/@LaQuadrature/117488636524615021>capsule vidéo

Punition collective et répression individuelle des mouvements sociaux

Le gouvernement est complètement dépassé par le mouvement social protéiforme qui secoue le pays depuis plusieurs semaines. Il a d’abord tenté d’intimider les lycéens en prenant le prétexte de dégradations matérielles pour chercher à punir les individus qui prenaient partie à un mouvement collectif : le nombre des arrestations, considérable, montrait bien une volonté de faire peur, en visant les personnes pour dissoudre le groupe social.

Après les dégradations de commerces le 17 octobre dernier, la même logique s’applique. Plutôt que de prendre au sérieux les revendications sociales portées par les manifestations massives de la journée, le gouvernement cherche les responsabilités individuelles dans les événements de la soirée. Pour cela, les divers services de police disposent d’un gros arsenal de mesures techniques et administratives acquises dans les dernières années. En particulier en ce qui concerne l’exploitation des images, nombreuses et de toutes sortes, qui restent après les événements. La police a aujourd’hui les moyens d’identifier les personnes ou de les suivre jusqu’à chez elles, de caméra en caméra, grâce à la VSA ou à des agents humains.

Si cela ne suffisait pas, on envisage aussi des punitions collectives. Des mesures judiciaires exceptionnelles sont banalisées sous la qualification de « criminalité organisée », tandis que le ministère de la justice donne aux parquets des consignes de fermeté qui vont à l’encontre de l’individualisation des peines. Par ailleurs, on entend monter de nouveau la petite musique du « blocage des réseaux sociaux ». Une telle mesure, prise en 2024 en Kanaky–Nouvelle-Calédonie, avait été déclarée illégale a posteriori par le Conseil d’État. À défaut, on essaiera d’interdire les réseaux sociaux aux personnes mineures. Lisez notre article pour passer en revue les moyens utilisés aujourd’hui pour réprimer et criminaliser les mouvements sociaux.

Lire l’article du 21 octobre : Censure et surveillance partout, justice nulle part

Bienvenue à Thaïs !

Depuis la semaine dernière, Thaïs a rejoint l’équipe salariée de La Quadrature ! Elle nous aidera à mieux analyser les enjeux politiques des technologies, en particulier de l’IA. Bienvenue Thaïs ! <3

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